La crise actuelle nous amène plus que jamais à ne pas retenir qu’une seule réponse économique de soutien aux entreprises – aussi bienvenue soit-elle. Il n’y a pas de chronologie logique entre l’économique, qui viendrait d’abord, puis ensuite le social. Ces dimensions doivent être poursuivies de concert : d’où l’importance d’une approche basée sur l’inclusion économique qui relie économique et social, compétitivité et engagement citoyen de l’entreprise. C’est le sens de la dynamique enclenchée par la loi PACTE et la raison d’être des entreprises ainsi que par le PAQTE (Pacte avec les quartiers pour toutes les entreprises) et le Plan 10.000 entreprises lancés par le Gouvernement dans le cadre de l’initiative présidentielle « La France, une chance. Les entreprises s’engagent ». Mais aujourd’hui, il nous faut franchir un seuil dans notre réponse à la question de l’emploi et dans l’accompagnement des Français les plus exposés au retournement économique. Avec le paradigme de l’inclusion nous pourrons enclencher ce sursaut de confiance qui fait défaut entre demandeurs d’emploi et entreprises.

« L’enjeu systémique est ici : comment éviter à des centaines de milliers de nos compatriotes de tomber dans le chômage de longue durée« 

L’insertion professionnelle, aussi nécessaire soit-elle, concerne les personnes éloignées de l’emploi ou les jeunes en décrochage. Ces dispositifs comme les entreprises d’insertion apportent beaucoup à leurs bénéficiaires et leur efficacité est reconnue, mais ceux-ci sont nécessairement limités en nombre (136.000 personnes contre 1,5 millions de chômeurs de longue durée en 2019). L’inclusion économique s’intéresse aux millions de Français proches ou prêts à l’emploi, mais à qui il manque un appui, une mise en relation, un réajustement de compétence, pour ne pas s’enfoncer lentement mais sûrement dans la trappe du chômage de longue durée. L’enjeu systémique est ici : comment éviter à des centaines de milliers de nos compatriotes de tomber dans le chômage de longue durée, dont on sait la grande difficulté – et l’importance du coût social – pour s’en relever.

Soyons fier de notre service public de l’emploi : une multitude de dispositifs sont proposés par Pôle emploi. Mais leur faible lisibilité n’encourage pas les demandeurs d’emploi comme les entreprises, en particulier les TPE-PME, à s’en saisir. Plus encore, assumons le constat que les chômeurs prêts à l’emploi, mais « moins agiles » car avec des compétences en inadéquation avec les besoins actuels des recruteurs et/ou résidents de territoires défavorisés, ne bénéficient pas de véritable dispositif d’accélération du retour à l’emploi. La puissance publique fait preuve d’une certaine incapacité à produire un diagnostic de l’agilité des demandeurs d’emploi et un bilan d’orientation contractualisé dans un délai court (1 à 2 mois après l’inscription comme demandeurs), compatible avec le temps de l’entreprise.

« Affirmons que Pôle emploi doit plus que jamais être l’acteur stratégique« 

Alors sortons des sentiers battus et osons innover vraiment en matière de retour à l’emploi. Affirmons que Pôle emploi doit plus que jamais être l’acteur stratégique, y compris dans la relation à l’entreprise. Développons et orientons massivement la partie « conseils RH » de Pôle Emploi au travers de ses conseillers entreprises en direction des TPE et PME non pourvues de direction RH – et arrêtons de consacrer les ressources du service public de l’emploi aux entreprises les mieux dotés en RH!

« Le salarié effectuerait dans les premiers mois une sorte de période d’apprentissage ou de tutorat en interne« 

Mettons en place un dispositif ambitieux d’investissement et d’accélération du retour à l’emploi pour celles et ceux qui risquent de s’enfoncer dans le chômage de longue durée et de se démonétiser vis-à-vis du marché du travail. Ce dispositif pourrait prendre la forme d’un « CDI renforcé ». Il s’agirait d’un contrat de travail de droit commun (donc avec un salaire entièrement versé par l’entreprise) d’une personne qui effectuerait dans les premiers mois une sorte de période d’apprentissage ou de tutorat en interne, au sein de l’entreprise, le temps nécessaire pour actualiser ses compétences en regard des besoins de l’employeur. Cette période, de trois à six mois, serait subventionnée par Pôle emploi directement et seulement auprès de l’entreprise, dans le cadre des budgets d’aide aux entreprises et/ou en cumulant avec l’équivalent des droits aux allocations chômage non perçus par le demandeur d’emploi. Le dispositif serait ainsi « invisibilisé » aux yeux du salarié. Dans l’attente de la mise en place opérationnelle du futur service public de l’insertion et de l’emploi, seule une convention tripartite entre Pôle emploi, l’entreprise et l’employé permettrait de s’engager sur les objectifs du CDI renforcé et de s’assurer que l’entreprise est bien suivie dans l’intégration du demandeur d’emploi. Ce dispositif serait ouvert aux jeunes de moins de 30 ans, aux demandeurs d’emploi de longue durée, aux bénéficiaires du RSA et surtout aux demandeurs d’emploi dont le diagnostic d’agilité professionnelle ferait apparaître une fragilité au titre des compétences maîtrisées ou de la catégorie d’emploi exercée dont l’obsolescence sur le marché du travail est avérée.

Cette période de confinement a permis à de nombreux acteurs de la société civile, du secteur associatif, aux organisations syndicales et aux parlementaires de lancer des consultations et de réfléchir au monde d’après. Le temps d’agir pour un monde qui permettra de remettre l’exigence de solidarité et de justice sociale au cœur de l’économie est venu. »